Alouette, gentille alouette
Alouette, gentille alouette.
Tout le monde la connaît.
Une chanson pour enfants, transmise de génération en génération. Une de ces mélodies qui reste quelque part dans un coin de l'esprit, même quand on ne l'a pas entendue depuis des années.
Et pourtant, vous êtes-vous jamais arrêté pour écouter ce qu'elle dit vraiment ?
Pauvre alouette.
Elle ne l'honore pas du tout.
J'ai acheté une maison au Portugal.
L'endroit s'appelle Cotovia.
En français : Alouette.
Le nom m'est resté.
Peut-être parce que, lorsqu'on choisit un lieu, on commence à prêter attention à des choses qu'on aurait autrement laissé passer. Un nom. Un arbre. La direction de la lumière le matin. Les oiseaux qu'on entend avant de les voir.
Alors j'ai commencé à chercher.
Et j'ai trouvé quelque chose que je n'attendais pas.
L'alouette n'est pas spectaculaire.
Elle est petite. Brunâtre. Presque anonyme.
On pourrait facilement ne pas la remarquer.
Mais alors elle s'élève.
De plus en plus haut, parfois jusqu'à disparaître du regard.
Higher and higher, sometimes until it disappears from sight.
Et elle chante.
Pas pour être admirée. Pas pour annoncer sa présence.
Elle emplit simplement l'air.
Un chant long, complexe, improvisé, soutenu d'une énergie qui semble presque impossible pour une si petite créature.
Il y a quelque chose de profondément émouvant dans cela.
L'idée que quelque chose d'aussi discret puisse porter autant.
J'ai toujours été attirée par cette tension.
Entre retenue et expression.
Entre ce que l'on voit et ce qui est là.
La surface tranquille et le monde compliqué, coloré, qui se cache dessous.
C'est peut-être pour cela que j'ai toujours aimé la couleur. Pas nécessairement parce qu'elle est éclatante, mais parce que la couleur peut dire quelque chose avant que les mots n'arrivent. Elle porte ce qu'on ne sait pas toujours nommer.
Et quelque part dans tout cela, un bandana a commencé à prendre forme.
Le motif cachemire classique est beau. Il a traversé des siècles et des cultures et ne disparaît jamais complètement.
Mais je ne voulais pas le reproduire.
Je voulais m'éloigner du familier.
Je voulais quelque chose de plus léger.
Quelque chose de moins ornemental, peut-être.
Quelque chose qui bougeait.
Et d'une façon ou d'une autre, l'alouette est entrée dans le dessin.
Des oiseaux en vol.
Des notes de musique éparpillées comme des graines.
Un rythme qui commence au centre et se déplace vers l'extérieur, presque imperceptiblement.
Un ordre délicat tenant ensemble une certaine liberté.
Morning Jazz est né quelque part entre tout cela.
Un lieu appelé Cotovia.
Un oiseau auquel je n'avais jamais vraiment pensé.
Le silence du matin.
La musique.
Et l'idée qu'un morceau de tissu peut parfois contenir un sentiment.
Pas une histoire qu'on peut expliquer complètement.
Plutôt une atmosphère.
Trois coloris.
Bleu, comme un matin clair.
Terre cuite, comme la première chaleur du soleil.
Vert olive, comme la terre après la pluie.
Des atmosphères différentes. La même mélodie.
Parce que les matins ne sont jamais vraiment les mêmes.
Certains arrivent doucement.
D'autres vous réveillent d'un coup.
Et parfois, de façon inattendue, quelque chose de petit s'élève dans l'air et chante.
Les plus belles choses ne demandent pas toujours à être remarquées.
Parfois, elles emplissent simplement le ciel.